Le logement d'abord: programme d'accès au logement pour les personnes sans-abri
DÉBUT DE L'EXPÉRIENCE (ANNÉE)
2014
VILLE
Lisbonne
NOMBRE D'HABITANTS
547 733
PAYS
Portugal
MISE À JOUR
03/09/2021
TITRE ORIGINAL
É UMA CASA Project, Housing First
THÈMES ABORDÉS
TRANCHES D'AGE AUXQUELLES L'EXPERIENCE S'ADRESSE
19-25
26-40
41-65
+65
années
MOTIVATIONS ET RÉSUMÉ

Housing First est un modèle innovant de prise en charge des personnes sans-abri qui préconise que pour quitter la rue, les personnes doivent d'abord avoir accès à un logement individuel, décent et permanent. De cette manière, le modèle s'éloigne d'autres approches qui considèrent l'accès au logement comme la dernière étape d'un parcours antérieur de récupération et d'inclusion sociale.

Le projet s'adresse principalement aux personnes sans-abri chroniques qui ont déjà fait l'objet de différentes interventions ou ont été orientés vers différents services sans succès. Il leur est proposé d'accéder à un logement individuel, stable et intégré au sein de la communauté, dans différents quartiers de la ville. Grâce au financement de la Ville de Lisbonne, les entités sociales qui gèrent le projet louent les appartements à des propriétaires privés sur le marché libre de la location.

Des services de soutien sont à la disposition des bénéficiaires 24 heures sur 24, 365 jours par an. Ces services doivent être convenus conjointement entre l'équipe technique du projet et la personne, dans le respect de son autonomie, de ses besoins et de ses intérêts. Ils sont fournis aussi bien à domicile que dans d'autres contextes communautaires, afin d'assurer le maintien et la stabilité du foyer, les relations de voisinage, le lien avec d'autres services sociaux et de santé et avec les ressources communautaires.

Ce modèle d'intervention est né à New York en 1990. La Ville de Lisbonne a commencé à le mettre en œuvre pour la première fois en 2014, après la fin du financement par l'État d'une initiative similaire (Casas Primeiro) destinée aux personnes sans-abri souffrant de problèmes de santé mentale. Cela fait de Lisbonne une ville pionnière dans l'application du modèle Housing First, non seulement au Portugal, mais aussi à l'échelle européenne. Lisbonne compte actuellement 8 projets, avec un total de 340 logements pour les personnes sans abri présentant des problèmes de santé mentale, de toxicomanie et autres.

OBJECTIFS


• Affronter la réalité des personnes sans-abri du point de vue des droits humains.

• Fournir un logement individuel, stable et digne aux personnes sans domicile fixe en situation d'extrême pauvreté et de vulnérabilité.

• Proposer un modèle de soins respectueux et spécialisé qui favorise la responsabilisation, l'autonomie, le bien-être des personnes sans-abri et leur lien avec la communauté.

MÉTHODE

La Ville de Lisbonne dirige le projet depuis le Département des Droits Sociaux, basé sur le Plan d'Action pour les personnes sans-abri (2019-2023). Par le biais d'un appel d'offres public, elle sélectionne les entités sociales qui le géreront et assure le financement. Elle est également chargée d'assurer la coordination globale ainsi que de veiller à la bonne exécution du projet, avec l'appui d'une équipe technique municipale. De leur côté, les entités gestionnaires sont chargées d'établir les contrats de location des logements (studios ou appartements d'une chambre) et d'assurer la prise en charge directe des bénéficiaires.

Les bénéficiaires sont sélectionnés sur la base du travail d'identification effectué par les équipes techniques des organismes gestionnaires du projet dans le contexte de la rue. Cette démarche s'appuie sur les critères qui sous-tendent le modèle Housing First : des personnes vivant dans la rue depuis longtemps, qui ont été précédemment prises en charge sans succès par différents services ou programmes, et qui n'ont pas été en mesure d'adhérer aux interventions ou structures proposées.

L'accès au logement est régulé par l'acceptation des règles du projet et par la signature d'un contrat entre la personne bénéficiaire et l'organisme gestionnaire. Si la personne dispose de revenus (prestations sociales, pensions, salaire...), elle contribue à hauteur de 30 % de ses revenus aux dépenses liées au logement (loyer, services d'électricité, eau, gaz, communications). Dans tous les cas, il est important de souligner que l'absence de revenus n'est pas un obstacle à la participation.

Le projet assure un suivi spécialisé des bénéficiaires disponible 24 heures sur 24, 365 jours par an (avec un ratio d'un technicien/ une technicienne pour dix utilisateurs/utilisatrices). L'accompagnement individualisé est défini conjointement entre l'équipe technique et la personne, en fonction de ses objectifs et de ses besoins, et se déroule tant en contexte résidentiel qu'en contexte communautaire, avec une périodicité au moins hebdomadaire.

L'intervention technique se fonde sur la reconnaissance du droit des personnes à prendre des décisions concernant leur propre vie et les services qu'elles reçoivent, dans un processus de renforcement personnel qui implique la reprise de l'espoir en l'avenir et la prise de contrôle sur leurs vies. L'équipe professionnelle doit pratiquer l'acceptation de la personne dans son moment présent, sans exigences ni prérequis. À cette fin, des stratégies de réduction des risques et de minimisation des dommages sont articulées dans le cas d'une consommation active de substances et/ou similaires.

Tout aussi important est le travail d'inclusion dans la communauté, à travers lequel est favorisé l'accès aux services et aux ressources existants sur le territoire (loisirs, santé, commerces, services sociaux, etc.). Bien que la règle générale soit de protéger l’intimité des bénéficiaires (en ne rendant pas public leur participation au projet), les entités gestionnaires peuvent mener des processus de médiation avec le voisinage si nécessaire. Il est également proposé que les logements soient situés dans différents quartiers de la ville afin d'éviter la formation de ghettos, d'encourager le contact communautaire et de favoriser une rupture progressive avec la situation de la rue.

CONTEXTE SOCIAL ET URBAIN DE L'ACTION

Lisbonne est le centre d'une région métropolitaine d'environ 2,8 millions d'habitants et d'une superficie de 100,05 km2. La ville a une population résidente de 547 733 personnes (5,2% de la population du pays) et est divisée en 24 unités administratives (paroisses). Le plan stratégique de la ville (2012-2022) est marquée par une série d'objectifs visant à renforcer l'inclusion sociale et à améliorer la qualité de vie des citoyens.

Des données officielles du Centre de Planification d'Intervention pour les Personnes Sans-Abri de Lisbonne (de décembre 2020) révèlent qu'à cette date, il y avait 447 personnes sans domicile fixe dans la ville, dont 397 hommes, 49 femmes et 1 personne de genre non-binaire. La plupart d'entre elles (223) avaient entre 36 et 55 ans, étaient de nationalité portugaise (277) et étaient sans domicile fixe depuis 1 à 6 mois (147) ou depuis 12 à 60 mois (137). En ce qui concerne les causes associées au sans-abrisme, la dépendance à l'alcool ou aux substances psychoactives (167) et les problèmes de santé mentale (76) se démarquaient.

ÉVALUATION ET IMPACT

A Lisbonne, il y a actuellement 8 projets Housing First actifs avec un total de 340 logements habités par 310 personnes (principalement des hommes âgés de 35 à 69 ans).

Le succès de l'intervention est attesté par le fait que 90 % des personnes bénéficiaires conservent une situation de logement stable, ce qui confirme l'efficacité du modèle dans la prise en charge des cas de sans-abrisme les plus durables et les plus complexes.

En outre, une amélioration significative de leur santé et de leur qualité de vie est observée, puisqu'elles sont en contact avec les services sociaux et sanitaires primaires de manière plus régulière, ce qui entraîne une diminution des admissions d'urgence, normalement associées à des situations plus critiques. Elles connaissent également des améliorations dans d'autres aspects tels que : le sentiment de sécurité, les habitudes d'hygiène, l'adoption d'habitudes alimentaires plus saines, l'amélioration de la qualité du sommeil, l'espoir pour l'avenir et la stabilité pour réorganiser leurs vies. De même, on constate une meilleure intégration communautaire, qui se traduit par l'établissement de nouvelles relations sociales et de voisinage ; l'accès à des opportunités de formation et/ou d'emploi (inscription au centre pour l'emploi de leur zone de résidence, participation à des cours de formation professionnelle, orientation vers des entités spécialisées dans le placement...) ; la récupération des liens familiaux, de leur statut de citoyen et du sentiment d'appartenance à la communauté.

Ceci est cohérent avec les preuves internationales qui montrent que le modèle Housing First donne de meilleurs résultats que les services conventionnels destinés aux personnes sans domicile fixe en termes d'accès au logement, de stabilité résidentielle, de qualité de vie et d'intégration dans la communauté. Ainsi, bien que ce modèle d'intervention ne soit pas envisagé comme une panacée pour résoudre totalement la réalité complexe du sans-abrisme, il offre incontestablement une prise en charge efficace des personnes les plus vulnérables se trouvant dans cette situation.

L'un des plus grands défis du projet est lié à la complexité des situations qui peuvent affecter les personnes sans-abri, et dans lequel convergent de multiples problèmes de santé physique et mentale, de dépendances, d'absence de liens sociaux significatifs, etc. De même, la durabilité du modèle d'intervention est un autre défi important, puisqu’il s'agit d'une approche qui nécessite des délais plus longs permettant le rétablissement durable de la personne.

Dans une perspective d'avenir, des travaux sont en cours pour développer un système d'évaluation de l'impact du programme dans son ensemble, ainsi que pour renforcer la formation continue des équipes techniques impliquées dans l'intervention. De même, un mécanisme est en cours d’articulation pour pouvoir intégrer des dons privés et d'autres mécanismes de financement complémentaires, établir de nouvelles alliances et renforcer la coordination entre les services et les entités impliqués, dans le but de générer une intervention de plus en plus intégrée.

ORGANISATION
Câmara Municipal de Lisboa (Mairie de Lisbonne)
Equipa de Missão do Plano Municipal para a Pessoa em Situação de Sem Abrigo (Unité de gestion du Plan Municipal pour les Personnes Sans-abri)
SITE WEB DE L’ORGANISATION: